La syphilis

13 septembre 2016

La syphilis, une ITS qui revient sur le devant de la scène

Ayant connu un pic de contamination au 19ième siècle et ayant pratiquement disparu au 20ième siècle (les cas recensés à Montréal étaient quasi nuls des années 1990 aux années 2000), la syphilis, appelée aussi « mal de Naples » ou plus communément la vérole, est une infection sexuellement transmissible (ITS) touchant toutes les personnes actives sexuellement, une infection causée par une bactérie, le Treponema pallidum ou tréponème pâle.

Rendue tristement célèbre en ayant touché notamment des auteurs très connus comme Guy de Maupassant, Charles Beaudelaire ou encore Alphonse Daudet, on constate qu’elle est en recrudescence notamment au Québec (près de 500 cas par an) depuis quelques années touchant particulièrement la population homosexuelle masculine. Elle est notamment due à une augmentation des pratiques à risque. Depuis le début de l’année 2016 l’augmentation croissante des cas inquiète d’ailleurs le milieu médical notamment au Québec où on en est même arrivé à une pénurie du médicament permettant le traitement de la syphilis . La vigilance est donc de mise.

La transmission de ce microbe se fait principalement:

  • par rapport sexuel oral (cunnilingus, anulingus et fellation), par pénétration vaginale et anale avec une personne porteuse de la bactérie
  • par contact sanguin avec du matériel infecté (type seringue lors de la consommation de drogue notamment)
  • par contact avec des plaies syphilitiques symptomatiques de la personne infectée (à savoir un chancre caractéristique de ce type d’infection, c’est à dire une lésion au niveau du pénis, du vagin ou de l’anus) ce qui explique que la syphilis puisse se transmettre de la mère à l’enfant avant l’accouchement mais surtout pendant l’accouchement. (syphilis congénitale)
  • par baiser avec échange de salive
  • par l’utilisation de sextoys ayant déjà servi et ayant été souillés par une personne infectée

Les symptômes de la syphilis

La période d’incubation est estimée entre 10 et 90 jours entre le point de départ de la contamination suite à une pratique à risque par exemple et l’apparition des premiers symptômes. C’est une infection évolutive dans les symptômes ce qui explique que le diagnostique soit souvent compliqué à mettre en place.

C’est de plus une maladie malicieuse car chez certains patients, il y a une absence complète de symptômes. Le risque de transmettre la syphilis à son ou sa partenaire sans se savoir atteint est alors très élevé d’où la nécessité de se faire dépister régulièrement notamment pour les personnes ayant de nombreux partenaires sexuels ou celles qui souhaitent abandonner le préservatif.

On peut donc distinguer trois stades dans l’évolution des symptômes:

Le Stade primaire

Le premier des symptômes (pas toujours présent chez tous les patients) qui apparait en général durant la période d’incubation est cette plaie indolore caractéristique qu’on appelle chancre syphilitique qui prend alors la forme d’une ulcération d’un cm de diamètre environ au niveau de la muqueuse initialement infectée (bouche, pénis, testicules, vagin, anus, vulve), lésion qui est alors extrêmement contagieuse. C’est une lésion qui est d’ailleurs couplée à un enflement des ganglions lymphatiques au niveau de l’aine.

La disparition du chancre au bout 3 à 8 semaines sans laisser aucune trace ou sa localisation dans des zones peu visibles par le patient (rectum par exemple) explique que de nombreux patients restent porteur de la bactérie sans le savoir. La guérison de la lésion n’est en effet pas un signe de disparition de cette ITS, bien au contraire.

Le Stade secondaire

C’est le stade qui rend le diagnostic difficile surtout si le stade primaire est passé inaperçu. En effet, entre 6 semaines à 6 mois après le début de l’infection, la syphilis évolue du fait de l’absence de traitement de cette dernière, l’infection étant alors en train de se généraliser.

On peut dénombrer plusieurs symptômes:

  • une grande fatigue avec des douleurs au niveau des articulations
  • une éruption cutanée (syphilis papuleuse) qui peut survenir sur toutes les zones du corps (paume des mains, dos… muqueuses au niveau des organes génitaux, de la langue…) et qui peut être facilement confondue avec une roséole, du psoriasis, une acné ou une varicelle.
  • de la fièvre
  • une inflammation caractéristique des ganglions
  • une perte de cheveux
  • une atteinte plus grave avec perte au niveau de l’audition, de la vision avec des maux de tête caractéristiques couplés à des bourdonnements auditifs, c’est ce qu’on appelle la neurosyphilis

Sans traitement, tous ces symptômes disparaitront, c’est ce qu’on appelle la syphilis latente (qui peut durer plusieurs dizaines d’années). Cette ITS reste donc toujours tapis dans l’ombre et donc encore très contagieuse.

Le Stade tertiaire (ou syphilis tardive), des complications graves

En l’absence de diagnostic des deux premiers stades et de traitement, l’infection continue de se propager sur une période très longue. La syphilis peut entrainer des complications très graves plus de 30 ans après que le patient ait été infecté. Les atteintes se font alors au niveau de tous les organes du corps y compris les organes vitaux ce qui peut parfois entrainer la mort du patient.

Voici quelques graves complications:

  • atteintes du cerveau à travers des troubles de la vue et de l’audition, des méningites, des pertes de mémoires, des crises d’épilepsie…
  • atteintes graves du foie (hépatite)
  • atteintes du cœur (risques d’AVC…)
  • atteintes des os
  • risque de transmission de l’infection de la mère à l’enfant

Se protéger de la syphilis

La prévention reste donc essentielle car en effet il n’existe pas de vaccin contre la syphilis.

Une attitude responsable est donc primordiale:

  • utilisez le préservatif lors de la pénétration. Il reste le moyen le plus efficace pour éviter la transmission de cette infection entre les partenaires.
    Protégez vous y compris lors des rapports oraux (vaginaux, anaux) à savoir lors de la fellation mais aussi du cunnilingus (rapport oral homme/femme) et de l’anulingus à l’aide notamment d’une digue dentaire (petit carré de latex)
  • dépistez-vous régulièrement si vous ne restez pas avec le même partenaire sexuel
  • toute consommation de drogue par injection doit se faire avec du matériel stérile sans aucun échange de seringue.
  • toutes lésions sur votre partenaire ou sur vous-même doit automatiquement vous alerter (aucun contact avec ces plaies; demandez l’avis d’un médecin au plus vite avec abstinence sexuelle le temps de poser un diagnostic sur ces symptômes)

Me dépister de la syphilis, c’est simple comme une prise de sang !

Au vu de la complexité de diagnostic inhérent à cette infection, (on l’a vu avec ces différents stades infectieux) le seul moyen de détecter la syphilis de manière fiable reste l’analyse sanguine à effectuer 3 mois après la prise de risque pour que le test sanguin soit fiable à 100% (même si un premier test peut être effectué 3 semaines après la prise de risque). Dans certains cas, un prélèvement au niveau du chancre peut être nécessaire.

A noter que:

  • la prise de sang reste obligatoire chez la femme enceinte lors du premier trimestre de la grossesse mais aussi pour toute personne souhaitant donner son sang.
  • la prise de sang est fortement conseillée si vous avez eu une prise de risque récente (relation sexuelle sans préservatif…), si vous avez des partenaires multiples (test sanguin à effectuer régulièrement), si vous avez des relations sexuelles homosexuelles, si vous êtes atteint du VIH ou d’une autre ITS, si vous êtes un consommateur de drogue par seringue.

La prise de sang est simple et fiable (méthode VDRL ou méthode TPHA). En laboratoire , on va alors doser les anticorps caractéristiques de la présence de la bactérie tréponème dans le corps du patient. Ce dernier connaitra les résultats au bout de 7 jours.

Un test d’auto-dépistage sanguin par bandelette test à l’aide d’une goutte de sang peut désormais se réaliser à domicile et est disponible à la vente. Le patient connaitra le résultat au bout d’un quart d’heure. Le test en laboratoire reste cependant le seul test qui permet d’écarter à 100% l’atteinte ou non du patient par cette infection.

La syphilis est une maladie à déclaration obligatoire au Canada depuis 1924, la personne infectée étant alors dans l’obligation de donner l’identité de tous ses partenaires sexuels en remontant à une période allant jusqu’à plus d’un an avant l’apparition des premiers symptômes afin de les contacter, de les dépister et de les traiter de manière préventive.
A noter qu’il est bon de procéder à un test complet de toutes les ITS existantes (full test) lorsque vous avez un doute sur une prise de risque récente. Demandez-nous conseils si vous avez la moindre question!

Les traitements contre la syphilis

Vous êtes infecté par la syphilis? Pas de panique, prise à temps, c’est une infection qui se guérit très bien . Il existe un traitement antibiotique (les plus connus étant le Benzathine et le Bicillin MD), à base de pénicilline, qui se fait par injection intramusculaire, un traitement adapté selon le stade d’évolution de l’infection (Une unique injection au stade primaire ou plusieurs injections si l’infection est au stade tertiaire)

Le médecin pourra prescrire le doxycycline (par voie orale) pour les patients allergiques à la pénicilline.

La surveillance sera de mise avec des tests sanguins post traitement réguliers afin de s’assurer que le patient est guérit totalement et que le traitement a été efficace.

Il faut noter qu’un traitement adapté sera mis en place si le patient est séropositif.

 

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